Spectres de la photographie. Arago et la divulgation du daguerréotype

Source : culturevisuelle.org/
« Arago annonce la découverte de Daguerre, dans la séance publique de l’Académie des sciences, du 19 août 1839″, illustration de Yan d’Argent in Louis Figuier, « La Photographie », Les Merveilles de la Science, vol. III, 1867, p. 41.

Aujourd’hui comme hier, le rôle joué par François Arago dans la divulgation du daguerréotype en 1839 garde un goût prononcé d’aventure républicaine. Il se raconte comme la geste typiquement française d’un bon génie clairvoyant et désintéressé, qui inscrit la naissance de la photographie sous le signe des grands destins en lui octroyant le double baptême de l’Assemblée nationale et de l’Académie des sciences.

Cultivée tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle par les exégètes, cette légende s’articule à un travail de constitution de l’origine, nécessaire à la bonne réputation du médium (Bernard, Gunthert, 1993). En mettant l’accent sur l’enthousiasme de l’accueil réservé à la nouvelle technologie (Gaudin, 1844), cette élaboration vise à installer l’évidence de la rencontre de la photographie avec la Nation. Ce faisant, elle réduit Arago à un simple médiateur et minimise la complexité du dispositif scientifico-politique qu’il met en œuvre.

Au service de l’intérêt général

Dans la foulée du cent-cinquantenaire du médium, en 1989, la nouvelle historiographie de la photographie accorde progressivement plus d’importance au rôle d’Arago et reconnaît le caractère exceptionnel du processus de divulgation. Sa chronologie est affinée, sa dimension symbolique mieux prise en compte. Pourtant, les raisons permettant de comprendre les choix de l’astronome demeurent obscures. Sa réponse à la proposition de Daguerre est expliquée par sa sensibilité à l’idéologie progressiste (McCauley, 1997). Le sens de son intervention est interprété comme une “politisation” de l’invention lui procurant une plus-value républicaine et patriotique (Brunet, 2000).

Chacune de ces analyses apporte un éclairage précieux, mais laisse un sentiment d’inachevé. Quelle que soit la réalité de l’engagement d’Arago, élu député des Pyrénées-orientales depuis 1830 et futur membre du gouvernement provisoire de février 1848, ce serait faire injure à la sincérité de ses convictions républicaines que de ne pas constater la distinction nette entre ses activités politiques et ses responsabilités scientifiques. Malgré l’affirmation selon laquelle «le daguerréotype ne comporte pas une seule manipulation qui ne soit à la portée de tout le monde» (Arago, Rapport…), il faut considérablement tordre le sens de son célèbre rapport à la Chambre pour admettre de le ranger parmi les grandes pages du saint-simonisme.

En réalité, l’accentuation de la dimension politique de son action, son interprétation exclusive en termes d’intérêt général évacuent toute interrogation d’un mobile personnel et se conforment au schéma de la légende républicaine non moins qu’aux idées reçues sur l’héroïsme des savants. Selon Anne McCauley, «ses motivations paraissent transparentes: en tant que scientifique ayant participé lui-même à des expérimentations optiques, il était tout naturel qu’il fut impressionné par la découverte capitale de Daguerre, et qu’il cherchât à attirer les honneurs de l’Etat sur une invention majeure» (McCauley, 1997).

Dans ses multiples fonctions de rapporteur, de directeur de revue ou de secrétaire de l’Académie, Arago a déployé sa vie durant une inlassable activité de médiateur, de conseiller ou d’inspirateur. Il y fait le plus souvent preuve d’une indiscutable hauteur de vue sinon d’un complet désintéressement. Mais la sollicitude immédiate que suscite le daguerréotype, la lourdeur du processus qu’il déclenche et qui le place au centre du dispositif, la constance de son engagement ou son rejet d’autres propositions contemporaines sont autant d’éléments qui semblent dépasser l’échelle de la simple intercession.

En 1839, Arago est un savant au faîte de sa renommée et, selon Daumas: «l’un des hommes les plus en vue de Paris: (…) ses journées sont encombrées de commissions, de séances, de rendez-vous, de réunions, de comités, de cérémonies» (Daumas, 1987). Or, la défense du procédé de Daguerre coûte beaucoup plus à Arago que ce qu’on serait en droit d’attendre d’un homme de bonne volonté: elle accapare une bonne partie de ses activités durant les huit premiers mois de l’année 1839. Composant un ensemble de 63 pages, ses multiples interventions relatives à l’invention seront incorporées à ses œuvres complètes, dont elles forment un livre intitulé Le Daguerréotype. Au vu de cette appropriation, on devine que l’investissement consenti par Arago à l’endroit de la photographie est à ses yeux similaire à sa collaboration aux travaux d’Augustin Fresnel sur la polarisation de la lumière: plus qu’un simple concours, une participation décisive, dont il entend bien tirer les fruits (Arago, “Notice sur la polarisation de la lumière”).

“Une théorie nouvelle sur un point important de la science”

Si le sens de l’intérêt général forme un ingrédient non négligeable de son action en faveur de la photographie, il n’en est pas le seul déterminant. Lorsqu’il reçoit Daguerre dans les derniers jours de l’année 18381, Arago réagit d’abord en savant et en expérimentateur. En bon astronome, il est spécialiste de l’observation par l’intermédiaire d’instruments d’optique et connaît l’usage de la chambre noire: en 1816, il recommandait par exemple à Fresnel d’adapter une lentille convexe à l’ouverture pour ses expériences sur la diffraction (Fresnel, 1816). Mais il a eu aussi l’occasion de tester à plusieurs reprises la sensibilité bien connue du chlorure d’argent à la lumière (Arago, “Fresnel”), ainsi que celle des poudres phosphorescentes, y compris dans des tentatives d’enregistrement de projections optiques.

Dans le texte de la présentation du daguerréotype du 7 janvier 1839 figure la mention de cette expérience à laquelle on a peu prêté attention: «A la demande des académiciens déjà cités, M. Daguerre a jeté l’image de la Lune, formée au foyer d’une médiocre lentille, sur un de ses écrans, et elle y a laissé une empreinte blanche évidente. En faisant jadis une semblable expérience avec le chlorure d’argent, une commission de l’Académie composée de MM. Laplace, Malus et Arago, n’obtint aucun effet appréciable. Peut-être l’exposition à la lumière ne fut-elle pas assez prolongée» (Arago, Biot, “Fixation des images…”). Infructueuse, une telle expérience n’a pas laissé de traces dans les publications de l’époque, mais le décès en 1812 de l’un de ses participants, l’ingénieur et physicien Etienne Louis Malus, auteur d’importants travaux sur la réfraction et découvreur de la polarisation en 1808, permet de situer dans le temps un essai d’enregistrement par projection optique sur un support sensibilisé aux sels d’argent – autrement dit une expérimentation à proprement parler photographique, plusieurs années avant les premières tentatives répertoriées de Nicéphore Niépce, datées de 1816!

S’il nous permet de mieux comprendre la clairvoyance d’Arago à l’endroit du daguerréotype, cet arrière-plan explique aussi en partie sa négligence pour les essais photographiques de William Henry Fox Talbot ou d’Hippolyte Bayard. Nous découvrons peu à peu que l’expérimentation sur papier sensibilisé aux sels d’argent a constitué une pratique moins exceptionnelle qu’on ne le croyait. Dès lors, contrairement à l’appréciation rétrospective qui nous amène à valoriser le procédé négatif/positif et la photographie sur papier, dont nous savons qu’ils prendront la suite du daguerréotype, les tentatives expérimentales qui se manifestent dans les premiers mois de l’année 1839 ne constituent pas seulement des ébauches insatisfaisantes, incapables de rivaliser avec la perfection du plaqué d’argent, mais sont perçues comme de simples avatars d’une méthode connue2.

Rappelons que Daguerre, lui aussi, avait mis au point dès 1826 un procédé de photographie sur papier au nitrate d’argent, décrit en détail par Jean-Baptiste Biot en février 1839 (Biot, 1839). Il apparaît donc difficile, pour les partisans de l’inventeur, de considérer comme de véritables innovations les modestes essais de ses concurrents, qui se rattachent à leurs yeux à une technologie inefficace et désuète, dépassée par l’évolution majeure de l’image latente.

Mais il y a plus. Parmi les plus belles pages de l’exposé d’Arago à la Chambre figure ce passage souvent cité: l’appel surprenant, dans un rapport d’expertise, à «l’imprévu», commenté par une évocation lyrique de l’épopée du télescope, modeste produit d’un jeu d’enfant qui va devenir dans les mains des savants un puissant outil de découverte astronomique, servir à mesurer la vitesse de la lumière et finalement étayer une nouvelle interprétation de l’histoire de la constitution de l’univers.

Développement terminal du texte, cette digression a pour objet de convaincre qu’il serait erroné de «renfermer les applications scientifiques des procédés de M. Daguerre dans le cadre actuellement prévu» (Arago, Rapport…). Dans la deuxième version publiée du texte, Arago précise sa pensée par l’ajout d’une note discrète: «L’observation a montré que le spectre solaire n’est pas continu, qu’il y existe des solutions de continuité transversales, des raies entièrement noires. Y a-t-il des solutions de continuité pareilles dans les rayons obscurs qui paraissent produire les effets photogéniques ? S’il y en a, correspondent-elles aux raies noires du spectre lumineux ? […] On fera une sorte d’œil artificiel en plaçant une lentille entre le prisme et l’écran où tombera le spectre, et l’on cherchera ensuite, fut-ce à l’aide d’une loupe, la place des raies noires de l’image photogénique, par rapport aux raies noires du spectre lumineux» (ibid.).

Léon Foucault, « Spectre solaire », 1844, daguerréotype, 128 x 94 mm (coll. SFP).

L’application du daguerréotype à la spectroscopie paraît une proposition des plus fondées. Pourquoi Arago n’en fait-il pas mention dans un rapport destiné à déployer l’éventail des usages possibles du procédé, alors qu’il cite explicitement la photométrie ou la cartographie astronomique? En examinant de plus près les textes, on s’aperçoit que le savant a tenté une expérience analogue à l’aide du chlorure d’argent, «il y a déjà un grand nombre d’années» (Arago, “Sur de nouveaux procédés…”). Sans résultats probants, cette expérimentation n’a pas fait l’objet d’une description contemporaine, mais elle se situe vraisemblablement dans le contexte de ses travaux sur la polarisation et les phénomènes d’interférence, entre 1816 et 1819.

En février 1839, suite à la communication d’essais de photométrie effectués par Jean-Baptiste Biot grâce aux procédés photographiques sur papier de Daguerre, Arago tient à rappeler ses anciennes recherches «sur les positions comparatives des bandes obscures et des bandes décolorées du chlorure d’argent, formées à travers l’air et à travers l’eau», et annonce son intention de les reprendre (ibid.).

La proposition d’Arago recouvre une intuition forte, dans le cadre du débat opposant théorie corpusculaire et théorie ondulatoire de la lumière. Partisan résolu de la seconde approche, il songe depuis longtemps à une expérience décisive qui permettrait de les départager. «D’après la théorie corpusculaire, la lumière devait se déplacer plus vite dans l’eau que dans l’air, alors que la théorie ondulatoire prévoyait exactement le contraire» (Biezunski, 1993).

Lors de la séance du 3 décembre 1838, le savant décrit un projet d’expérience à base de miroirs rotatifs, susceptible d’apporter «la solution à l’une des plus difficiles questions de la philosophie naturelle» (Arago, “Sur les théories de l’émission et des ondes”). La réalisation par Bréguet de l’appareil d’horlogerie nécessaire à l’observation ne permettra pas de la mettre en œuvre avant 1843, pour des résultats décevants. C’est finalement Léon Foucault qui réalisera en 1850 le dispositif correspondant au dessein d’Arago et apportera la preuve définitive de la validité de la théorie ondulatoire (Tobin, 2002; Bijaoui, 2010; Rosmorduc, 2010). Selon George Sarton, «l’histoire des expériences d’Arago-Foucault est à jamais une des plus belles de l’histoire de l’humanité» (Sarton, 1936).

Manifesté dès 1816 dans un courrier à Thomas Young, le projet d’expérimentation de la théorie ondulatoire est une vieille obsession du savant. C’est au moment où il rouvre ce dossier en envisageant une réponse concrète que s’effectue sa rencontre avec Daguerre. Nul doute qu’Arago ait pu imaginer d’appliquer sans délai les exceptionnelles qualités de l’outil d’enregistrement à ses démonstrations: son annonce de la reprise de ses essais de spectrographie en février 1839 en fournit une indication manifeste.

Comme beaucoup d’autres, ce programme fera long feu, notamment pour des raisons d’indisponibilité de la chambre noire de l’Observatoire, et c’est Edmond Becquerel qui mènera à bien en 1842 l’étude photographique du spectre solaire, mettant en évidence l’existence de raies de Fraunhofer dans sa partie ultraviolette. Mais à la fin de l’année 1838, Arago accueille l’invention de Daguerre avec la conviction que celle-ci lui offre un outil heuristique puissant dont, s’il ne sait pas encore exactement sous quelle forme elle pourra être mise à profit, il ne doute pas un instant qu’elle ne conduise à des résultats majeurs. La parabole du télescope déployée par le Rapport fournit l’illustration précise de cette intuition. Plus encore, en dissimulant sous les aspects de la fable l’existence d’un vrai projet scientifique, elle témoigne bel et bien du caractère intéressé de l’action d’Arago en faveur du daguerréotype.

Urgence du daguerréotype

Le degré de mobilisation du savant se vérifie par la hâte avec laquelle s’enclenche le processus. Le 2 janvier 1839, alors même que la presse annonce l’ouverture prochaine de la souscription, Daguerre informe son partenaire, Isidore Niépce, qu’il vient de rencontrer Arago: «Il est charmé de la découverte, et par les questions qu’il m’a faites, il la regarde non moins intéressante sous le rapport de la science» (Daguerre, 1839).

Dès cette première entrevue, le dispositif est défini une fois pour toutes: «J’approuve entièrement, explique l’inventeur, l’idée de M. Arago, qui est de faire acheter cette découverte par le gouvernement, et pour cela, il se charge d’en faire la démarche à la Chambre. […] Déjà, et pour commencer, M. Arago doit en parler lundi prochain à l’Académie des sciences, et doit aussi m’envoyer nombre de députés pour qu’ils soient favorables» (ibid.). Avant même la présentation du 7 janvier, le savant a rédigé et fait circuler un communiqué de presse, dont La Gazette de France publie de larges extraits dans son édition du 6 janvier. Selon le quotidien, «les résultats de M. Daguerre ne tendraient à rien moins qu’à provoquer une théorie nouvelle sur un point important de la science» (Gaucheraud, 1839).

Malgré les aléas politiques de ce début d’année 1839, le processus de divulgation sera conduit avec détermination jusqu’à son terme, moins de huit mois plus tard, le 19 août, date à laquelle Arago dévoile les secrets du procédé à l’Académie des sciences3. Anne McCauley et François Brunet ont bien décrit le statut particulier de la “loi Daguerre”, appuyée sur un raisonnement hostile au brevet, qui fait bénéficier l’inventeur d’une distinction habituellement octroyée pour services rendus à des fonctionnaires ou des militaires.

Il existe toutefois un autre exemple de l’implication d’Arago dans un tel mécanisme: celui de l’ingénieur Louis Vicat, inventeur du ciment artificiel, à qui le Parlement accordera en 1845, sur l’appui d’un rapport du savant, une pension de 6000 francs au titre de récompense nationale» (Arago, “Sur les chaux…”).

Avec une différence de taille: si l’on retrouve ici les principales étapes qui rythment la présentation publique des travaux de Daguerre, c’est à une toute autre cadence. Renonçant à son exploitation commerciale, Vicat a publié son procédé dès 1817. Défendues la même année devant l’Académie des sciences, ses recherches lui vaudront la qualité de membre correspondant, avant d’être présentées en 1837 par Arago à la tribune de la Chambre. Outre la «révolution» (Arago in Barral, “Sur les œuvres d’Arago”) qu’ils apportent à l’art de la construction, les travaux de l’ingénieur concourent à l’élaboration d’une théorie de l’hydraulicité d’une grande valeur scientifique (Vicat, 1818). Mais le tempo appliqué à leur récompense est celui qui caractérise les processus soumis à l’ordre de l’intérêt général. A l’évidence, «l’or gris» relevait pour Arago d’une urgence moins pressante que le daguerréotype.

Dans son étude de la réception primitive de la photographie, Paul-Louis Roubert a recensé pas moins de 217 articles consacrés à l’invention, publiés dans la presse française entre janvier et novembre 1839 (Roubert, 2006). Sans mésestimer ce que cette médiatisation exceptionnelle doit aux qualités du procédé de Daguerre, il faut bien admettre que le dispositif imaginé par Arago a constitué le principal agent de cette consécration. Durant la même période, le télégraphe électro-magnétique de Samuel Morse, présenté à l’Académie des sciences grâce au soutien d’Arago et de Humboldt, fait lui aussi sensation, sans accéder au même degré de notoriété ni trouver de débouché (Brunet, 2004). Malgré la réceptivité du public français de l’époque aux manifestations du progrès technique, il fallait réunir des conditions bien précises pour atteindre un tel stade de la réception.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire la focalisation de l’historiographie spécialisée sur la divulgation de 1839, celle-ci ne constitue pas l’étape initiale de la démonstration de travaux photographiques. Dès 1827, Nicéphore Niépce tente sans succès d’intéresser la Royal Society à ses recherches (Marignier, 1999). Pour ce qui est de Daguerre, la première mention publique de l’existence de son procédé remonte à 1835, tandis qu’un précieux courrier d’Emmanuel Viollet-le-Duc à son fils en date du 28 septembre 1836 témoigne que l’inventeur a commencé à montrer ses images à un cercle élargi (Roubert, 2006).

Le projet de souscription amplifie le rythme de ces exhibitions, qui finissent par concerner «tout Paris à la fin de 1838», selon Jean-Baptiste Biot (Arago, Biot, “Procédé de M. Daguerre”). Ajoutons à ces exemples les revers de Talbot ou de Bayard en 1835 et 1839 et l’on constatera qu’il ne suffit pas de montrer des images photographiques pour atteindre les sommets de la gloire. De fait, c’est bien l’échec de ses tentatives antérieures qui pousse Daguerre à chercher l’appui d’Arago, et la comparaison du succès obtenu par sa stratégie avec les maigres résultats des autres présentations constitue la meilleure preuve du caractère décisif de son apport.

Décrire la photographie comme une découverte scientifique

Dans le prospectus de lancement de la souscription rédigé par Daguerre à la fin de l’année 1838, l’exposition du procédé oscille entre curiosité de laboratoire et technique à vocation commerciale (Daguerre, 1838). Ce positionnement n’empêche pas l’expression de réactions émerveillées, mais suscite à l’évidence une grande perplexité. Pour favoriser une réception plus avantageuse, Arago décide de promouvoir la photographie comme une grande découverte scientifique.

Dans cette équation, son autorité personnelle comme le patronage de l’Académie des sciences sont des composantes nécessaires, mais pas suffisantes. La condition essentielle pour pouvoir situer le daguerréotype sur le terrain des sciences repose dans le renoncement à son potentiel commercial. C’est avec un art consommé de la manipulation symbolique qu’Arago traduit cette contrainte par le recours à l’Etat, qui confère au procédé la dimension de l’intérêt général. En d’autres termes, c’est à la condition de devenir chose publique que la photographie peut prétendre au statut d’objet savant.

Pour remporter ce combat, Arago y aura jeté toutes ses forces. La stratégie qu’il définit comme l’énergie qu’il y consacre découlent de sa conviction initiale que l’invention de Daguerre pouvait lui ouvrir la voie d’une découverte majeure dans les sciences. Par une ruse de l’histoire, au contraire de Jean-Baptiste Biot, Léon Foucault, Hippolyte Fizeau ou Edmond Becquerel, il restera finalement le seul, parmi les premiers savants adeptes de la photographie, à ne pas l’avoir utilisée à des fins expérimentales.

A titre personnel, loin de l’avantager, sa défense du daguerréotype lui coûtera cher. Un article de la Revue des deux Mondes qui l’attaque en 1840, s’appuyant notamment sur le cas Daguerre, inaugure une violente campagne de dénigrement, articulée autour du reproche d’avoir dévoyé les missions de l’Académie en y faisant pénétrer les marchands du temple: «Depuis plus d’un an, M. Arago ne cesse d’entretenir l’Académie de la découverte de M. Daguerre, de sorte que la salle des séances est devenue une espèce d’exposition permanente des produits de tous les opticiens de Paris. Il serait temps de mettre un terme aux communications de cette nature qui s’adresseraient bien mieux à la Société d’encouragement, car rien n’est moins scientifique ni moins conforme aux usages de l’Académie et à la dignité des sciences, que la manière dont se manifeste la curiosité du public lorsqu’on lui présente […] ces joujoux scientifiques» (Libbri, 1840).

Décrire la photographie avec les mots de la science n’était pas un choix facile, mais un pari risqué. Ce faisant, Arago n’a pas seulement favorisé l’amorçage de sa réception comme fait culturel, il a plus qu’aucun autre contribué à modeler ce que François Brunet dénomme «l’idée de photographie», autrement dit le modèle symbolique qui en détermine la pratique et l’interprétation (Brunet, 2000). À ce titre, aux côtés des inventeurs de la technique photographique, il nous faut considérer Arago comme le fondateur à part entière de son imaginaire.

Article mis en ligne à l’occasion de la publication du volume Les Arago, acteurs de leur temps (version revue). Citation: André Gunthert, “Spectres de la photographie. Arago et la divulgation du daguerréotype”, Les Arago, acteurs de leur temps (actes coll.), Perpignan, Archives départementales des Pyrénées-orientales, 2010, p. 441-451 (en ligne: http://culturevisuelle.org/icones/804).


 

Références (études)

  • Denis Bernard, André Gunthert, L’Instant rêvé, Albert Londe, Nîmes, Jacqueline Chambon, 1993, p. 80-82.
  • Albert Bijaoui, “François Arago, la nature de la lumière et la genèse de la relativité”, Les Arago, acteurs de leur temps, Perpignan, Archives départementales des Pyrénées-orientales, 2010, p. 427-440.
  • Michel Biezunski, Histoire de la physique moderne,  Paris, La Découverte, 1993, p. 45-46.
  • François Brunet, La Naissance de l’idée de photographie, Paris, Presses universitaires de France, 2000, p. 58.
  • François Brunet, “Samuel Morse, ‘père’ de la photographie américaine”, Etudes photographiques, n° 15, octobre 2004, p. 4-30.
  • Maurice Daumas, Arago (1786-1853). La jeunesse de la science, Paris, Belin, 1987 (2e éd.), p. 204.
  • Jean Eisenstaedt, “François Arago à travers ses premiers travaux sur la lumière”, Les Arago, acteurs de leur temps, op. cit., p. 397-410.
  • Anne McCauley, “Arago, l’invention de la photographie et le politique” (traduit de l’anglais par Frédéric Maurin), Etudes photographiques, n° 2, mai 1997, p. 6-43, voir également : http://etudesphotographiques.revues.org/document125.html.
  • Jean Rosmorduc, “Arago et l’optique ondulatoire”, Les Arago, acteurs de leur temps, op. cit., p. 411-425.
  • André Rouillé, La Photographie en France. Textes et controverses : une anthologie, 1816-1871, Paris, Macula, 1989, p. 36.
  • Paul-Louis Roubert, L’Introduction du modèle photographique dans la critique d’art en France, 1839-1859, thèse de doctorat, université Paris-1, 2004, vol. I, p. 86-87.
  • Jean-Louis Marignier, Nicéphore Niépce. L’invention de la photographie, Paris, Belin, 1999, p. 233-234.
  • George Sarton, The Study of the History of Science, Cambridge, Harvard University Press, 1936.
  • William Tobin, Léon Foucault. Le miroir et le pendule (traduit de l’anglais par James Lequeux), Paris, EDP Sciences, 2002, p. 121-137.

Références (sources)

  • François Arago, “Fresnel” [1830], J.-A. Barral (éd.), Œuvres complètes (ci-dessous : OC), Paris, Leipzig, Gide/Weigel, 1856, t. I, p. 158-159.
  • François Arago, “Sur les chaux, les mortiers et les ciments hydrauliques”, OC, t. V, p. 492-520.
  • François Arago, “Notice sur la polarisation de la lumière”, (éd.), OC, t. VII, vol. 4, p. 291-429.
  • François Arago, “Sur les théories de l’émission et des ondes”, OC, t. VII, p. 587.
  • François Arago, cité par Jean-François Barral, “Sur les œuvres d’Arago”, OC, t. XIII, p. LXXXVII.
  • François Arago, lettre du 13 juillet 1816 à Thomas Young, in Augustin Fresnel, Œuvres complètes (Henri de Sénarmont, Emile Verdet, Léonor Fresnel éd.), Paris, Imprimerie impériale, 1868, t. II, p. 741-742.
  • François Arago, Rapport sur le daguerréotype, Paris, Bachelier, 1839, p. 36.
  • François Arago, intervention in Jean-Baptiste Biot, “Sur de nouveaux procédés pour étudier la radiation solaire, tant directe que diffuse”, Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1839, t. VIII, n° 8, p. 271.
  • [François Arago, Jean-Baptiste Biot], “Physique Appliquée. Fixation des images qui se forment au foyer d’une chambre obscure”, Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 7 janvier 1839, t. VIII, n° 1, p. 6.
  • [François Arago, Jean-Baptiste Biot], “Physique appliquée. Procédé de M. Daguerre”, Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 4 février 1839, t. VIII, n° 3, p. 174.
  • Jean-Baptiste Biot, “Note sur le papier sensible préparé par M. Daguerre”, Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 18 février 1839, t. VIII, n° 7, p. 246-249.
  • David Brewster, “Photography”, The North British Review, vol. VII, août 1847, p. 465-504.
  • Louis Daguerre, “Daguerréotype” [1838], reproduit in Manuel Bonnet, Jean-Louis Marignier, Niépce. Correspondance et papiers,  Saint-Loup de Varennes, Maison Nicéphore-Niépce, 2003, t. II, p. 1098-1099.
  • Louis Daguerre, lettre à Isidore Niépce, 2 janvier 1839, cit. in Manuel Bonnet, Jean-Louis Marignier, Niépce. Correspondance et papiersop. cit., p. 1101.
  • Augustin Fresnel, Sur la diffraction de la lumière, Paris, Crochard, 1816, p. 240.
  • Henri Gaucheraud,  “Beaux-Arts. Nouvelle découverte”, La Gazette de France, 6 janvier 1839, p. 1, cit. d’ap. Manuel Bonnet, Jean-Louis Marignier, Niépce. Correspondance et papiersop. cit., p. 1105.
  • Marc-Antoine Gaudin, Traité pratique de photographie, Paris, J.-J. Dubochet, 1844, p. 5-7.
  • Alf. Letellier, “Variétés. Le daguerréotype”, Le Drapeau tricolore, 2 janvier 1839, cit. in Manuel Bonnet, Jean-Louis Marignier, Niépce. Correspondance et papiersop. cit., p. 1100-1101.
  • Anon. [Guglielmo Libbri], “Lettres à un Américain sur l’état des sciences en France”, Revue des Deux Mondes, 4e série, t. XXI, 15 mars 1840, p. 806-807.
  • Louis-Joseph Vicat, Recherches expérimentales sur les chaux de construction, les bétons et les mortiers ordinaires , Paris, Goujon, 1818.
  1. Nous ignorons à quelle date précise se sont rencontrés Daguerre et Arago. Un courrier de Daguerre à Isidore Niépce en témoigne, le 2 janvier 1839 (Daguerre, 1839). []
  2. Il est évidemment tout à fait abusif de reprocher à Arago de «rejeter le procédé négatif/positif de Talbot» et par là de «sous-estimer l’intérêt de la reproductibilité des épreuves photochimiques» (Rouillé, 1989). Le brevet du calotype ne sera déposé qu’en 1841, et à la date de sa revendication de priorité, en janvier 1839, le pionnier anglais n’a produit que quelques impressions négatives, de fort mauvaise qualité, et encore aucun positif (Brewster, 1847). []
  3. Paul-Louis Roubert a établi que la célèbre séance du 19 août est bien une séance ordinaire de l’Académie des sciences, à laquelle les membres de l’académie des Beaux-arts n’ont été conviés que l’avant-veille, et non une réunion commune des deux académies (Roubert, 2006). []

Hotel Blue Wave par Andreas Angelidakis

Hotel Blue Wave is a medium sized building stemming from a single blue wave module. The project studies modes of temporary habitation such as the beach (put your towel down and claim your spot), and the squat (choose your room, stay for a few months), and they way they can socially and aesthetically enrich the hotel experience.
Hotel Blue Wave is presented in two 12 minute movies on DVD. produced as part of the “Invisible Hotel” exhibition, Deste Foundation Athens, Greece. www.invisiblehotel.com

Paul Ardenne « mon corps en ville »


Paul Ardenne « mon corps en ville » par artemedia-television

Conférence de Paul Ardenne sur « mon corps en ville ». Il semble bien se dessiner une volonté sans cesse accrue de « créer » sa propre ville sensible ou, par défaut d’en user de la ville de manière à y multiplier les ressentis. Cette attitude, je vais la dénommer, d’un néologisme, « corpopoétique » : en ville, mon corps entend bien moins subir l’environnement, que le créer (poiésis, la « création », en grec). Paul Ardenne

 

Estampe Japonaise

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La crise, Albert Einstein

 

Ne croyons pas que les choses changent si nous faisons toujours la même chose.
La crise est la meilleure bénédiction qui peut arriver aux personnes et aux pays parce que la crise apporte des progrès.
La créativité nait de l’angoisse comme le jour nait de la nuit.
C’est durant la crise que naissent les inventions, les découvertes et les grandes stratégies. Celui qui dépasse la crise, se dépasse soi même sans se laisser dépasser.
Celui qui attribue à la crise ses fracas et pénuries fait violence à son propre talent et respecte plus les problèmes que les solutions.
La vraie crise, c’est celle de l’incompétence.
L’inconvénient des personnes et des pays est l’espoir de trouver des sorties et des solutions faciles.
Sans crise il n’y a pas de mérite.
C’est durant la crise qu’apparait ce qu’il y a de meilleur en chacun de nous.
Parler de la crise c’est la promouvoir, se taire c’est exalter le conformisme.
Au lieu de cela, travaillons dur.
Finissons-en une fois pour toutes de cette unique crise menaçante qui est la tragédie de ne pas vouloir lutter pour la dépasser.

Albert Einstein

Biennale du design de St Etienne 2013

biennaleStetienne2013

L’empathie ou l’expérience de l’autre

 

La huitième édition de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne place la prospective au coeur de sa programmation, explore les grands enjeux de société et témoigne, à travers le design, des innovations qui influenceront les modes de vie de demain.
Fondée sur le principe de l’appel à candidature et sur une confrontation de points de vue de commissaires invités et d’exposants, la Biennale cultive l’impermanence – et parfois une certaine impertinence -, en offrant, à chacune de ses éditions, de nouveaux lieux à parcourir et des partis pris de commissaires à découvrir. Le choix du thème de l’empathie est le résultat d’une intuition et d’une réflexion collective. Nombreux sont les philosophes et les sociologues qui estiment urgent de repenser la société sur des bases plus respectueuses de la communauté humaine. Peut-être, dans une période où nous serions en mal d’utopie, à un moment où la société prétend se construire sur un unique principe de réalité, dans un temps où chacun d’entre nous devrait s’en contenter, l’empathie serait-elle porteuse de l’espoir d’une société plus sensible et plus attentive.L’empathie propose de regarder et de construire autrement le monde grâce à cette capacité d’appréhender et comprendre les sentiments et les émotions d’un autre. Cette notion est relativement absente des discours et de l’enseignement du design alors même que c’est une dimension centrale du travail et la pensée de cette discipline. Et l’empathie possède une force investigatrice remarquable.
Est-ce une compétence ? Une attitude ? Est-ce un mode pertinent de connaissance ? Comment concilier l’empathie et la création ? Doit-on s’oublier soi-même pour répondre aux besoins de l’autre ? Quelle est alors la place de la création ? Cet emboîtement de questions est porteur de débats passionnants au moment précisément où des pratiques se développent sur la façon dont il conviendrait de mettre l’individu et ses usages au centre de l’innovation.

 

La Biennale ne saurait faire l’économie de s’interroger sur la place du designer dans ce processus. L’empathie est un dialogue entre un créateur et un usager. Comment le designer appréhende-t-il les besoins de chacun et de tous jusqu’à répondre à des attentes universelles ? Comment le designer peut-il devenir un médiateur dans des systèmes complexes comme ceux des villes ? Comment crée-t-il une empathie avec le visiteur de la Biennale pour permettre à celui-ci de se projeter dans son univers personnel ? Quelle relation le designer entretient-il avec la marque qu’il sert ? Parler d’empathie, c’est aussi parler d’esthétique. Quel que soit le parti pris, l’esthétique est ce par quoi s’engage la compréhension intime de l’autre, que celui-ci soit celui qui visite les expositions ou celui qui crée.
Nous verrons comment le design numérique investit l’environnement quotidien avec l’objectif de créer des relations de plus en plus étroites entre les hommes et jusqu’où il est souhaitable d’engager une liaison empathique avec les machines. Ce nouveau rapport à l’artefact nous rapproche ainsi peu à peu de la relation que nous entretenons avec le vivant, que nous interrogerons à travers certaines expositions.Le design est l’un des véhicules pour appréhender les choix et les débats d’une société. D’autres lectures du monde sont-elles possibles que celles hypertechnicistes que l’on nous propose ? Peut-être – et c’est l’hypothèse que je formule – avons-nous plus volontiers accès à la complexité des êtres et des choses par l’empathie que par une approche rationaliste. Il y a dans cette capacité quelque chose d’immédiat qui offre une rapidité de compréhension et qui apporte des réponses singulières à des problématiques complexes. L’écueil, ce serait d’en faire une recette ou une méthode avec le risque d’une prise de pouvoir sur les êtres. La capacité d’empathie est un mode de connaissance qui tisse des liens profonds avec la création. Le designer ressent et perçoit : sa pratique n’est pas uniquement cérébrale, tous ses sens sont mobilisés. C’est l’une des richesses du design : produire des modes de connaissance singuliers qui disent autrement et autre chose du monde.

 

Elsa Francès
Directrice de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne

2010 Les Fermes du futur

Des designers néerlandais se sont intéressés aux fermes du futur. Au programme : développement durable et autosuffisance, avec des structures verticales respectueuses de l’environnement, et peu dépensières d’énergie. Visite guidée.

Imaginez une ferme à étages, dont le lait et les légumes produits serviraient directement au restaurant du dessous ! Le but est ici de limiter les transports de matière première pour la fabrication des produits laitiers (beurre, yaourt, sauces…) et des légumes, grâce aux serres et au près de vaches, intégrés à cette structure. Retrouvez les fermes du futur, en diaporama.


Voici un exemple du projet des fermes verticales. Cliquez pour voir la galerie complète. © TJEP (tous droits réservés)

Autre concept : une ferme… d’attractions ! Un restaurant, un hôtel et un parc de jeu composent une ferme autosuffisante prévue pour accueillir 1.000 personnes par jour, d’où son nom de Oogst 1000 Wonderland.


Oogst 1000 Wonderland. Cliquez pour voir la galerie complète. © TJEP (tous droits réservés)

Des projets qui posent question, comme pour la surface des près de vaches, mais qui ont le mérite de réfléchir aux modes de production de demain, qui devront, comme pour nos habitudes alimentaires, être modifiés.

Les fermes semblent d’ailleurs inspirer les architectes, dont le défi sera d’implanter les champs dans les villes, comme avec les fermes urbaines des designers de SOA.(Service-oriented architecture)

1870 – Nouvelle carte d’Europe

Au Musée Emperi à Salon de Provence

Nouvelle carte d'Europe 1870

1500 Albrecht Dürer

Albrecht Dürer (en allemand, Albrecht Dürer der Jüngere), né le 21 mai 1471 et mort en 1528 à Nuremberg est un peintregraveur et mathématicien allemand. Il signe Albertus Dürer Noricus (de Nuremberg) ou Dürer Alemanus ou encore le plus souvent de son monogramme.

1930 Pulp Art

Les pulps, abréviation de « pulp magazines », étaient des publications peu coûteuses, très populaires aux États-Unis durant la première moitié du xxe siècle. Ces magazines publiaient principalement de la fiction (très souvent présentée comme la narration de faits réels) et les thèmesabordés étaient très divers, allant de la romance au récit fantastique, en passant par les histoires de détective et la science-fiction. Les quelques pulps encore existant de nos jours sont, pour la majorité, orientés vers la science-fiction et le fantastique.

C’est le faible coût des pulps, en général 10 cents, qui leur valut l’immense succès qu’ils connurent auprès des couches populaires américaines.

Le nom pulp vient du fait que ces magazines étaient imprimés sur du papier de mauvaise qualité, constitué de fibre de bois très grossière (woodpulp), par souci d’économie. De plus, cela créait l’opposition avec les slicks, publications de bien meilleure qualité dont le support consistait en du papier lissé. Les pulps sont les successeurs des dime novels (le « roman à trois sous » anglophone) et des brochures moralisantes publiées par les associations caritatives du xixe siècle afin de mettre en garde les masses laborieuses contre les dangers tels que la boisson et la débauche.

Le premier pulp avéré est la version modifiée du magazine Argosy de Frank Munsey, afin d’en réduire le coût de fabrication et d’en permettre une plus grande distribution.

Bien que les pulps aient eu moins de succès en dehors des États-Unis qu’à l’intérieur de leurs frontières, certains des personnages révélés par ces magazines sont passés, sinon à l’universalité, du moins à une notoriété internationale. Parmi ces personnages, on compte TarzanConan le BarbareDoc Savage ou encore Zorro.

Les pulps ont aussi compté dans leurs pages beaucoup d’auteurs passés depuis à la postérité, comme :

Beaucoup de classiques de la science-fiction ont tout d’abord été publiés sous la forme de séries, notamment dans les magazines Weird TalesAmazing StoriesAstounding Stories ou Black Mask.

Malgré son immense succès, le « pulp » périclita en raison de la hausse du prix du papier et de la compétition avec les comics, la télévision et les romans.

En France, les pulps américains ont surtout été édités sous la forme de recueils de nouvelles (ex : éditions NéoEncrage…)

Le genre a donné son nom au film Pulp Fiction de Quentin Tarantino.

Illustrateurs

Il s’agit des illustrateurs des couvertures des magazines, publicités, affiche de cinémas et pin-up des années 1930 à 1960.

Titres : Startling Stories, Detective Fiction, Galaxy Science Fiction, Eerie Mysteries, Dynamic Western, Dynamic Adventures, Dynamic Detective, Double Action Gang, Double Detective, Dr. Yen Sin, Cowgirl Romances, Analog Science Fiction and Fact, Thrilling Detective, Ace-High Magazine, High Heel Magazine, Silk Stocking, Stories, Movie Humor, Wink Fall Magazine, Eye Ful, Wink Fresh Magazine, Titter, Flirt Fresh Magazine, Beauty Parade, New Love, Phantom Detective, Unknown, Navy Romances …

Detective
Horror et fantastique

Couverture du pulp magazine

  • Adolph Treidler (1886-1981)
  • Al Buell (1910 – 1996)
  • Al Dorne (1904-1955)
  • Al Moore
  • Alberto Vargas (1896-1982)
  • Allen Anderson
  • Angus MacDonall (1876-1927)
  • Archie Dickens (1907-2004)
  • Art Frahm (1907-1981)
  • Baron von Lind
  • Ben-Hur Baz (1906-2003)
  • Bill Layne
  • Bill Randall
  • Bob Peak (1928-1992)
  • Boris Artzybasheff (1899-1965)
  • Coles Phillips (1880-1927)
  • David Wright(1912-1967)
  • Earl Moran (1893-1984)
  • Earle K. Bergey (1901-1952)
  • Edd Cartier (né en 1914)
  • Edward Penfield (1866-1925)
  • Edward Runci
  • Edwin Georgi (1896-1964)
  • Elizabeth Shippen Green (1871-1954)
  • Enoch Bolles (1883-1976)
  • Frank McCarthy (1924 – 2002)
  • Frank R Paul
  • Fredrick Blakeslee
  • Freeman Elliot
  • Fritz Willis (1907-1979)
  • Gene Pressler
  • George Petty (1894-1975)
  • Gil Elvgren (1914-1980)
  • Greg Hildebrandt
  • H. J. Ward
  • H. L. Parkhurst
  • Hans Flato (1887-1950)
  • Harry Ekman
  • Henry Clive (1882-1960)
  • Herbert Paus (1860-1944)
  • Howard Pyle (1853-1911)
  • J. C. Leyendecker (1874-1951)
  • James Montgomery Flagg
  • Joe De Mers
  • John LaGatta (1894-1977)
  • John McDermott (1919-1977)
  • Jon Whitcomb (1906-1988)
  • Joyce Ballantyne (1918-2006)
  • K. O. (Knute) Munson
  • Lou Marchetti (1920-1992)
  • Margaret Brundage
  • Mauro Scali (1926-1988)
  • Maxfield Parrish (1870-1966)
  • McClelland Barclay (1891-1942)
  • Mead Schaeffer
  • NC Wyeth
  • Neysa McMein (1888-1949)
  • Norman Lindsay
  • Norman Mingo (1896-1980)
  • Norman Rockwell (1894-1978)
  • Norman Saunders
  • Orson Lowell (1871-1956)
  • Paul Rader
  • Pearl Frush
  • Peter Driben
  • Rafael De Soto
  • Ray Johnson
  • Reginald Heade
  • Richard Lillis
  • Robert Bonfils
  • Robert Maguire
  • Robert McGinnis
  • Robert Sarsony
  • Robert Stanley
  • Rolf Armstrong (1899-1960)
  • Rose O’Neill (1875-1944)
  • Rudolph Belarski
  • Rudy Nappi
  • Ruskin Russ Williams (1888-1966)
  • Ruth Eastman
  • Samuel Cherry
  • V. E. Pyles
  • Virgil Finlay (1914-1971)
  • Vaughan Alden Bass
  • Walter Baumhofer
  • Walter Biggs (1886-1968)
  • Willy Pogany (1882-1955)
  • Xavier Sarger
  • Ziff Davis
  • Zoë Mozert (1907-1993)

 

http://oldsfbooks.com/pulp.html

 

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